Les bois anciens constituent la signature de chacun de mes projets. Je pourrais commencer par dessiner une cuisine, imaginer une table ou réfléchir à un meuble. En réalité, le point de départ est dans la matière.

On me pose très régulièrement la question « Mais où trouvez-vous ces bois ? ». Permettez-moi de ne pas lever le voile sur tous mes secrets.
Découvrez en revanche, les quatre étapes importantes qu’implique l’usage de matériaux anciens : Sourcer, Ordonner, Sélectionner, Échantillonner.


Sourcer
Trouver du bois ancien relève souvent d’une aventure. Depuis plus de 20 ans je chine ce bois auprès de marchands spécialisés ou simplement au gré de rencontres. Cette recherche est devenue une véritable aventure humaine. Derrière chaque lot de bois, il y a souvent une rencontre. Un lieu, une personne, une histoire.
Je prends l’exemple d’Olivier qui œuvrait à la réhabilitation du Couvent de Barbentane (13). Connaissant mon goût de l’upcycling, et lui-même inscrit dans une dynamique de rénovation éco responsable du domaine, Olivier me proposa la récupération de l’ancien plancher de la chapelle du couvent. Ce plancher en pin du XIXe siècle fut démonté et me sert entre autres aujourd’hui à la réalisation de mobilier.

Autre exemple cette fois, c’est Rémi, ancien charpentier parti à la retraite qui me proposa son lot de Cèdres du Ventoux (84).
Conservés depuis plus de 30 ans, ce passionné de bois me transmit ses pièces rares que nous avons décidé de transformer en une édition limitée de tables de salle à manger.


Le sourcing est une partie discrète de notre travail. Elle ne se voit pas dans le projet terminé et pourtant elle est déterminante. Si nous avons la matière, nous pouvons la transformer. Si nous ne l’avons pas, il faut la trouver. Ou est-ce elle qui nous trouve ?
Ordonner
Lorsque les bois arrivent à l’atelier, une autre étape commence.
Il faut les regarder autrement. Les planches sont posées, déplacées, rapprochées. Les teintes apparaissent. Certaines sont plus claires, d’autres plus sombres. Certaines portent des traces, des marques, des irrégularités que l’on cherchera à conserver.
Il faut alors ordonner. Pas seulement ranger, mais constituer des lots et déjà tenter de se projeter dans le résultat final, alors même que nous ne sommes qu’au début du processus. L’idée est de faire apparaître les correspondances, les différences, les contrastes, mais aussi d’harmoniser les longueurs et les épaisseurs des planches.



Ce moment est important parce que la matière commence déjà à suggérer une direction. A cette étape il nous arrive souvent de « brosser » les bois. Une fois les scories éliminées, l’usure du bois se révèle. Certains bois apparaissent très texturés, d’autres beaucoup plus homogènes. C’est à ce moment que je peux commencer à imaginer leur destination : savoir si ce chêne ancien texturé pourra être brûlé, ou si nous disposons de suffisamment de mètres carrés de fond de wagon pour développer une harmonie de teinte. Seule contrainte à ce stade, avoir assez de places dans nos deux ateliers pour stocker cette matière première
Sélectionner
Sélectionner, c’est renoncer. Parmi toutes les matières disponibles, toutes ne trouveront pas leur place dans le projet. Il faut parfois écarter une pièce magnifique parce qu’elle ne fonctionne pas avec les autres. À l’inverse, une planche qui semblait moins remarquable seule peut devenir essentielle lorsqu’elle est associée aux bonnes.
C’est peut-être la quintessence de la création sur mesure : sélectionner chaque planche pour chaque projet. Comme un rituel de passage, nous étalons dans l’atelier toute la matière première, c’est-à-dire toutes les planches brutes qui ne sont pas encore passées à la découpe et qui serviront à façonner le linéaire de la future cuisine. Je regarde, je rapproche, je déplace. Avec mon équipe nous évaluons l’aspect général avant de lancer le projet.

Cette sélection ne cherche pas uniquement la beauté. Elle dit aussi que la matière a trouvé sa place, que les proportions sont justes, que l’ensemble paraît naturel.
Le bois ancien impose cette attention. On ne peut pas toujours lui demander d’être parfaitement régulier. Et c’est justement ce qui fait son intérêt.
Échantillonner
Avant de devenir un meuble ou une façade de cuisine, la matière doit parfois être confrontée à son futur environnement.
Un échantillon permet de voir ce que l’on ne peut pas toujours imaginer sur un écran. La lumière change une couleur. Une pierre modifie la perception d’un bois. Un métal peut faire ressortir une nuance que l’on ne remarquait pas auparavant. C’est pourquoi nous travaillons avec des échantillons. Ils permettent de rapprocher les matières, de les confronter et parfois de changer d’avis.


Cette étape peut sembler secondaire. Elle ne l’est pas. Elle permet de passer d’une idée à une sensation réelle. Les échantillons permettent de toucher la matière. Ce toucher transporte nos clients, et les rassure sur des matières qui paraissent plus difficile d’accès comme le bois brûlé ou le chêne brut texturé.
Sourcer. Ordonner. Sélectionner. Échantillonner.
Quatre gestes qui précèdent tous les autres. Avant de dessiner, de fabriquer. Avant même de savoir exactement ce que deviendra la matière. Il faut prendre le temps de la regarder.
Parfois, le projet n’attend pas d’être dessiné.
Il est déjà là, quelque part dans le bois.
