Au-delà de la cuisine Penser un intérieur comme un ensemble

Scroll this

Au départ, les clients nous contactent généralement pour une cuisine.

Mais très vite, les conversations dépassent le cadre des meubles et des plans de travail.

Showroom Laurent PASSE – Crédit Photo Bradano

Écouter avant de dessiner

Nous parlons des volumes, de la lumière, des circulations entre les espaces, de leur manière de vivre et très souvent de leur vie tout simplement. De leur parcours en France ou à l’étranger. Des enfants, de la famille. Éventuellement des métiers qu’ils ont exercés. Et enfin de leur motivation profonde à habiter cette maison.

Nous regardons donc l’existant et imaginons où pourrait se trouver le piano de cuisson par exemple, la taille de l’îlot central, mais aussi les matières qui les touchent le plus.

Peu à peu, la cuisine cesse d’être un objet isolé. Elle devient le point de départ d’une réflexion plus vaste sur la maison.

C’est peut-être là que commence véritablement le projet.

Concevoir une cuisine ne consiste pas seulement à organiser des rangements autour d’un espace de travail. C’est réfléchir à la manière dont une pièce va entrer en relation avec celles qui l’entourent, avec la lumière qui la traverse, avec les matériaux qui l’accompagnent et, surtout, avec ceux qui vont y vivre.

Ce premier échange a souvent lieu au showroom de Beaucaire. Mon intention est de percevoir l’émotion dans le ton. De sentir avec quelle matière mes interlocuteurs se sentent le plus en phase. Ils peuvent arriver avec une idée précise sur une teinte de bois. Ils repartent parfois avec une autre perception de la matière.

Le projet comme ensemble

Notre travail ne se limite plus à concevoir une cuisine. Il consiste à participer à une vision globale de l’habitat. C’est ce que j’aime à résumer par trois mots : art à vivre.

L’expression peut sembler vaste. Elle désigne pourtant quelque chose de très concret : la recherche d’une cohérence entre les matières, les volumes, les objets et les usages. Et surtout, de réaliser une œuvre fonctionnelle.

Une belle matière n’est jamais belle seule. Elle le devient lorsqu’elle est associée à une lumière, à un objet, à un lieu dans lequel elle est employée. C’est cette recherche d’accords qui me conduit à aller chercher au-delà de mon propre atelier les savoir-faire et les objets capables d’entrer dans cette composition.

Composer plutôt qu’assembler

Le choix d’un fournisseur n’est donc jamais seulement une question de catalogue. Nous cherchons des maisons, des créateurs et des confrères ayant une forte exigence. Je n’ai pas vraiment de règles, mais je suis très sensible à la sincérité avec laquelle l’artisan ou le designer conçoit l’objet.

Cette sincérité se ressent, je pense.

Je dis souvent : « ça fonctionne », comme pour résumer à la fois l’esthétique et l’usage.

Le beau utile existe. Souvent dans la simplicité. Souvent aussi dans l’objet ancien qui s’est usé. Certains connaissent mon penchant pour les brocantes depuis très longtemps… J’aime associer à mon travail des pièces singulières, comme des luminaires ou du mobilier. C’est cette vision d’ensemble qui fait ma particularité.

La cuisine étant le point de départ, le creuset d’où part la transformation de la maison.

Le chantier comme moment de vérité

Mais penser un projet ne suffit pas. Il faut ensuite le faire exister.

Le dessin rencontre alors la réalité du chantier : les murs ne sont jamais tout à fait comme on les imaginait, les matières ont leurs propres exigences. Même si tout a été pensé en atelier, le moment de la pose reste crucial. Je suis évidemment présent sur tous les chantiers que nous réalisons.

L’assemblage commence. C’est à ce moment que la vision prend corps. Un projet réussi n’est peut-être pas celui où chaque élément cherche à attirer le regard.

C’est celui où tout semble naturellement à sa place.

La cuisine, le meuble, la lumière, la matière, l’espace.

Il faut beaucoup d’énergie pour réaliser ces lieux d’exception. Ils sont uniques. Ils ont leur propre vibration, notamment grâce aux bois anciens et aux matières que nous choisissons.

Mais au-delà de cela, l’important reste simple : s’y sentir bien.

C’est peut-être cela, finalement, concevoir un intérieur comme un art à vivre : ne pas simplement fabriquer ce qui manque, mais composer un lieu dans lequel on a envie de vivre.